Le T-Bird, ou "Terrorism Bird" présente un choix d'articles, de liens ou de commentaires préparés par le GCTAT, liés à l'actualité immédiate.

T-BirD #04 / To1, 04 septembre 2012

altDepuis les bouleversements induits par les Printemps arabes l'arc méditérranéen, de l'Afrique au Moyen-Orient, est le théâtre d'une énieme mouture du "Grand Jeu".

Des sables de l'Egypte, en passant par le Maroc, les côtes chypriotes et la Syrie, le pas de trois des services de renseignement israélien (un article sur l'Egypte, deux sur la présence du Mossad en Afrique du Nord), allemand (articles sur leur rôle dans l'appui aux insurgés syriens) et - bien évidemment - britanniques.

Le sujet mérite sans nul doute un plus long développement. Nous espérons pouvoir l'écrire dans les semaines à venir. Dans l'intervalle, excellente lecture à toutes et tous.

 

T-BirD #04 / To1, 04 septembre 2012

T-BirD #03 / To1, 21 août 2012

alt- Ou les correspondances improbables, chapitre deux.

Ils ont nom Moezeddine Garsallaoui ou Abou Sa'ad at-Tunsi. Quant au premier rôle du jour, appelons-le abou Sa'ad al-Urduni, son vrai nom ne peut être autrement décliné que par ses initiales: M.N.

Ils incarnent les principaux théâtres d'opération des réseaux Qa'idat al-Um. Les contreforts de Khorasan furent - et restent- cléments pour Moezzedine Garsallaoui: ce dernier y est toujours actif. Abou Sa'ad al-Urduni est plus jeune, indiscutablement. Comme le fut avant lui un autre biennois d'adoption:  Abou Sa'ad at-Tunsi. Le premier croupit dans une geôle kenyane; le chaos somalien marquera à jamais son destin. Le second dort de son dernier sommeil quelque part en Iraq, à Baghdad ou pas très loin, englué à jamais dans une toile dont la complexité ne pouvait que le dépasser.

Contrairement aux idées reçues, rejoindre les terres de jihad n'est jamais chose aisée. Aucun des individus évoqués ci-dessus n'a pu y accéder sans avoir été préalablement repéré, évalué et contrôlé avant, pendant et après son arrivée sur zone. Intégrer les rangs des moujahedin en Iraq, au Waziristan ou en Somalie suppose l'existence de systèmes complexes et multiples constitués, du début à la fin de la "chaîne du voyage" d'individus ou de groupes assumant des tâches et exécutant des missions qui, menées bien, conditionnent l'arrèt (lorsque les résultats sont insatisfaisants) ou la bonne continuation du périple initié par le candidat moujahed.  Le cas de Moezzedine Garsallaoui est particulier à maints égards. Il existe des similitudes dans ceux d'Abou Sa'ad at-Tunsi et Abou Sa'ad al-Urduni, à commencer (pur hasard ou volonté délibérée ?) par le choix de leur nom de guerre, leur kunya: Abou Sa'ad...

L'un et l'autre ont suivi d'improbables parcours initiatiques, fréquenté la Mosquée ar-Rahman et émargé à des cercles de connaissances communs (lire ici et )  avant que de se dissoudre dans le lointain Au voyage mystico-guerrier du second fait écho le tourisme "bouvieresque"1) du premier. A chaque fois, les parents n'ont pas vu leur enfant disparaître. D'Abou Sa'ad al-Tunsi, il fut - faussement - affirmé qu'il devint un tireur d'élite de renom (à ce sujet lire "In my brother's name: a European path to radicalization"). D'Abou Sa'ad al-Urduni, il nous fut répété que toute cette affaire n'était qu'un malheureux concours de circonstances; un gigantesque écheveau de faits aléatoires et de correspondances improbables. 

Les éléments qui précèdent permettent de poser un jalon, de formuler une première hypothèse de travail quant au périple d'Abou Sa'ad al-Urduni. Le rouage initial du système Qa'idat al-Um est le recruteur, aussi appelé le découvreur (la langue anglaise utilise le terme de "spotter"). Il s'agit le plus souvent d'une personne installée et/ou reconnue dans l'environnement religieux de la (des) cible(s) potentielle(s). Sa discrétion en fait un personnage peu sussceptible d'être remarqué. Il lui appartient de repérer puis de sonder les profils intéressants. Les évidentes confluences qui relient les cas at-Tunsi et al-Urduni suggèrent des signatures connexes sinon identiques. Tous deux quittèrent Bienne sans en informer leurs familles. Les filières afghanes, irakiennes ou somaliennes fonctionnent sur des modes approchants. Les intinéraires sont préparés et annoncés. Les arrêts intermédiaires permettent de sonder plus avant le passé, les motivations et les capacité des candidats (cf. Filières. Routes, transits et zones de jihad: une perspective helvétique). Du fait de son jeune âge, Abou Sa'ad al-Urduni (tout comme Abou Sa'ad at-Tunsi avant lui) bénéficia certainement d'un traitement particulier: l'usage en cours dans la plupart des filières dont nous avons eu à connaître veut que, une fois le futur moujahed arrivé sur zone, sa famille soit prévenue. Un appel téléphonique est alors effectué. Le correspondant ne s'identifie pas. Il informe simplement son interlocuteur que le fils/le frère parti au loin est  rendu à destination.

Abou Sa'ad al-Urduni - parcours, connections et liens

Peu helvétique paradoxe: l'affaire Abou Sa'ad al-Urduni s'ouvrit sur sa rocambolesque conclusion. Dans l'effervescence d'un mois de mai de fer et de feu, la presse kenyane annonça l'arrestation d'un énième combattant étranger, issu des rangs d'Harakat Shabaab al-Moujahedin (HSM).2) Il y fut question d'un individu dangereux, exfiltré de Somalie au Kenya afin d'y perpétrer actes de violences et/ou attentats. L'Helvétie ne s'en émut point: magie et confusion des langues obligent, Abou Sa'ad al-Urduni était alors un suédois qui s'ignorait. La presse nordique fit son travail, les diplomates suédois stationnés au Kenya s'agitèrent, prirent langue et contacts. Bientôt le couperet tomba, Abou Sa'ad al-Urduni ne venait pas du Nord. Il était citoyen jordanien, au bénéfice d'un droit d'asile accordé par la Suisse (ici).

altPrésenté à la Justice kenyane, le jeune homme fut accusé d'appartenir à l'organisation des Shabaab al-Moujahedin (ici et ). L'on découvrit alors un jeune homme dégingandé, un brin bravache, une esquisse de sourire accrochée à la marge d'un visage juvénile. De son histoire, il ne lâcha (et ne lâchera) qu'un bref synopsis: jamais il n'appartint aux milices d'Harakat Shabaab al-Moujahedin et son périple kenyan devait le conduire à des amis, non en Somalie. La frontière, il la franchit involontairement, et plutôt brutalement, victime d'un enlèvement aussi hypothétique que flou.

Les lames étaient croisées. L'on supputa (ici), soupesa (), s'interrogea.

Entrepris par les services helvétiques compétents, Abou Sa'ad al-Urduni se révéla un adversaire de taille, plus au fait des techniques de contre-interrogatoire enseignées dans les camps de la mouvance Qa'idat al-Um que des subtilités de l'art statuaire massaï. Articulé et résistant, il ne lâcha rien, ou presque.

Prévisible, l'abandon des charges annoncé début juillet 2012 (ici, et ), n'altéra en rien les convictions des services spéciaux helvétiques, européens et outre-Atlantique.3) 

A y regarder de plus près, le parcours d'Abou Sa'ad al-Urduni avait de quoi laisser songeur. Que l'on juge.

Le visa apposé dans son document d'identité fixe l'entrée au Kenya d'Abou Sa'ad al-Urduni à la date du 23 février 2011 (cf. Harakat Shabaab al-Moujahedin: combattants étrangers, réseaux et liens). Au vu et lu des informations à notre disposition, nous avons tout lieu de croire que son périple somalien débuta peu  après son "enlèvement". Présomption d'innocence oblige, nous ne nous prononçerons pas sur le fond. La forme et les éventuelles ramifications suggérées par l'explication d'Abou Sa'ad al-Urduni serviront généreusement notre propos.

altFévrier 2011 marqua l'arrivée en Somalie d'un autre combattant européen: Emrah Erdogan alias Salahudin al-Kurdi se posa à Nairobi en provenance du Pakistan via l'Iran ce même mois. Ressortissant allemand d'origine turque, Emrah Erdogan rejoignit d'abord les zones tribales pakistano-afghanes (printemps 2010). Rescapé d'une frappe de drone (le 04 octobre 2011); impliqué (deuxième cercle) dans les projets d'attentats européens de cheikh Younus al-Mauritani, proche de la cellule dite de Düsseldorf (voir son réseau et ses liens ici), Emrah Erdogan n'en joua pas moins un rôle trouble dans la neutralisation, par les services de sécurité allemands de ces mêmes structures (lire à ce propos l'excellent article de Florian Flade, Emrah E.,.der Terror-Insider aus Wuppertal). Ainsi, après avoir une ultime fois contacté les services allemands en novembre 2011, Salahudin al-Kurdi entra en clandestinité. La trace perdue à Nairobi en février 2011 fut reprise en mars: à la suite de l'interception de courriels échangés avec des salafistes jihadistes allemands tomba la première confirmation de son engagement au sein des mouhajiroun4 (lire Florian Flade, Beteiligt euch am Dschihad! - Deutsche Islamisten in Somalia). Rebaptisé Abou Khattab, Emrah Erdogan fut intégré au front médiatique des Shabaab. L'un de ses principaux points de chute en Somalie se trouva être Kismayo.

Début 2011 toujours, un groupe de jeunes gens quitta la Belgique. Transitant par la Turquie, la Tanzanie et le Kenya, ils accédèrent au territoire somalien dans les derniers jours d'avril. Très vite, les premiers résultats de surveillances techniques entreprises par différents services spéciaux occidentaux les localisèrent dans la région de Kismayo, bastion des Shabaab et première ville-garnison des combattants étrangers formés  pour les milices islamistes par des instructeurs issus des réseaux Qa'idat al.Um. Parmi eux, un individu que l'on retrouvera plus tard, Kafi Hassan.

Août 2011, Andreas Ahmed Müller, alias Ahmed Khaled Müller, alias Abou Nusaybah intégra les rangs des mouhajiroun (à son sujet lire Wo bist du Andy, excellent article de Yassin Musharbash).  Converti allemand, Andreas Ahmed Müller n'en était pas à son coup d'essai.5) A l'instar de Kafi Hassan, Emrah Erdogan et Abou Sa'ad al-Urduni il rallia lui aussi Kismayo.

Décor planté, acteurs en place

Il est une autre particularité du théâtre somalien: la plupart des combattants étrangers intégrés dans les rangs des milices as-Shabaab sont autorisés à appeler leurs proches tant par téléphone (ce qui est rare au Waziristan) que par courriels. Dès mars 2012, Emrah Erdogan communiqua avec l'Allemagne. Kafi Hassan contacta ses proches à son arrivée. D'autres communications furent établies en Juin-Juillet 2011 et en septembre de la même année. Andreas Ahmed Müller appela / écrivit à ses proches à plusieurs reprises. Nous avons eu connaissance de messages transmis en septembre 2011 puis en janvier 2012 (nous reviendrons plus avant sur le contenu de ce messsage). Finalement, un appel et un courriel furent transmis début mai 2012.

Nous ne savons rien des éventuels contacts d'Abou Sa'ad al-Urduni. Au vu de ce qui précède, la question de potentielles communications passées par celui-ci (de son arrivée en Somalie à son exfiltration kenyane)nous paraît toutefois légitime et fondée.

Abou Abou Sa'ad al-Urduni ne fut cependant pas le premier succès des services spéciaux kenyans en avril-mai 2012. Les événements qui précédèrent son interpellation; ceux qui advinrent immédiatement après suggèrent un enchaînement logique; la prise d'al-Urduni s'inscrivit probablement dans une trame aux ramifications multiples et complexe ainsi:

alt- Le 04 avril 2012, Ibrahim Bali (Belgique) et Ezzedine Tuhayri (Belgique) furent interceptés à l'Aéroport international de Sana'a. Nos sources suggérèrent un transit avant un passage en Somalie.

- Le 01 mai 2012,  deux autres membres supposés des milices islamistes al-Shabaab furent interceptés en territoire kenyan, à Kiunga, non loin de la frontière somalienne. Il s'agissait de Kafi Hassan et d'un ressortissant tunisien originaire de Carthage. A de  l'instar d'Abou Sa'ad al-Urduni, Kafi Hassan et Mohamed Derbali nièrent tout lien avec Harakat Shabaab al-Moujahedin. Invité à éclairer son périple somalien, Kaffi Hassan adopta une ligne narrative étonnamment proche de celle livrée par Abou Sa'ad al-Urduni: s'il ne fut pas enlevé, Kafi Hassan affirma ne pas avoir rencontré les faveurs des milices Shabaab. Dépouillé, il aurait ensuite été détenu à Kismayo. Quant à sa proximité à Mohamed Derbali (qui vécut plus de deux ans en Allemagne, du printemps 2004 à l'été 2006), Kafi Hassan l'expliqua ainsi: libéré par les Shabaab en avril 2012, il n'aurait rencontré Mohamed Derbali qu'à l'occasion de leur transfert commun au Kenya.

- Le 03 mai 2012, Abou Sa'ad al-Urduni et Emrah Erdogan 6) traversèrent la frontière somalo-kenyane. L'ultime pérégrination, qui devait conduire le jeune biennois à son arrestation débuta (voir ci-contre, Mai 2012, Abou Sa'ad al-Urduni et Emrah Erdogan: chronologie, déplaçements et faits).

- Le 10/11 mai 2012, Abou Sa'ad al-Urduni fut arrêté. Emrah Erdogan poursuivit sa fuite, il fut arrêté en Tanzanie, le 10 juillet 2012.

- Le 12 mai 2012, les forces de l'ordre kenyanes lancèrent une alerte concernant Andreas Ahmed Müller.

- Le 14 mai 2012, Ali Bakaari (ressortissant tanzanien), haut responsable des milices as-Shabaab, chargé des combattants étrangers fut arrêté à Hosingow (Somalie).

Conclusion

Abou Sa'ad al-Urduni rejoignit la Somalie en février 2011. A la même époque et dans les mois qui suivirent, plusiers combattants étrangers européens et nord-africain firent de même. Rassemblés à Kismayo, tous subirent les entraînements dispensés par les formateurs de Qa'idat al-Um. Arrêté, Kafi Hassan prétexta un emprisonnement pour justifier son séjour somalien. Confronté à la justice kenyane, Abou Sa'ad al-Urduni suggéra un enlèvement. Les lignes narratives adoptées sont si proches qu'elles suggèrent une origine proche sinon commune. Les bases et les techniques du contre-interrogatoire sont enseignées tant dans les camps de Somalie qu'en zone pakistano-afghane. Nul doute que Kafi Hassan et Abou Sa'ad al-Tunsi ont bénéficié de ses formations.

La chronologie des exfiltrations, via le Kenya, des principaux acteurs de cette note, tous suposés proche d'Abou Sa'ad al-Urduni suggère deux hypothèses majeures:

  • Un ordre d'exfiltration général de tous les combattants étrangers alors présents en Somalie ou,
  • la mise en oeuvre d'une (plusieurs) opérations.

Le T-BirD #03 est tout entier consacré à la Somalie et aux Shabaab. Chacun aborde un aspect précis de la question. Tous sont susceptibles d'enrichir notre compréhension du périple d'Abou Sa'ad al-Urduni.

Excellente lecture à toutes et tous.

 

T-BirD #03 / To1, 21 août 2012

 


1) Néologisme improbable créé en hommage à un très grand écrivain-voyageur helvétique: Nicolas Bouvier.

2) Abou Sa'ad al-Urduni fut arrêté le 10 ou le 11 mai 2012, dans un établissement hôtelier de Mfangano Street à Nairobi.

3) Le 23 avril 2012 l'Ambassade des Etats-Unis au Kenya lance une alerte: des attentats visant hôtels et bâtiments publics (ici). Ce n'est qu'une hypothèse, mais nous ne pouvons nous empêcher de supposer une cohérence opérationnelle et chronologique entre cette annonce et la plupart des événements survenus en Mai (arrestation de Kafi Hassan et Mohamed Derbali, interpellation d'Abou Sa'ad al-Urduni, interception de , alertes sur Emrah Erdogan et Andreas Martin Muller alias Ahmed Khaled Muller).

4) Le terme mouhajiroun recouvre, au sein d'Harakat al-Shabaab al-Moujahedin, les combattants provenant de l'extérieur du pays. Il désigne aussi bien un combattant britannique d'origine somalienne qu'un allemand d'origine turque. En arabe, le terme mouhajir signifie exilé.

5) Courant 2009, Andreas Ahmed Müller tenta de rallier les zones tribales pakistanaise (Waziristan). Arrêté par les services spéciaux (ISI), Abou Nusaybah goûta plusieurs mois au système carcéral pakistanais avant d'être renvoyé en Allemagne. 

6) Certaines sources consultées par le GCTAT situent l'entrée d'Andreas Khaled Müller à cette même date. L'article de Yassin Musharbash jette un doute sur ce point.

T-BirD #45 / Vol.2 04 juillet 2012

altIl y a quelque semaines de celà nous avons noué langue avec une consoeur et blogueuse tunisienne.
    Citée par Crossthegreenmountain l'un de ses billets nous avait interpellé; nous prîmes langue. Nos échanges devirent plus denses.
    Une question, avant tout autre, revenait en boucle, lancinante...  Hier encore, alors que  nous évoquions ensembles le cas de Toulon et le mystère Nizzar Abderahmen, elle fusa à nouveau: "mais nous en avons tant que ça ?"
Le T-BirD du jour est une première réponse, factuelle, à la question de notre interlocutrice. Il sera suivi, dans les prochains jours, d'un Guet du Centre intitulé "Jihadistes tunisiens, l'épine dorsale des réseaux jihadistes internationaux" ainsi que d'un Map your Mind centré sur Moezeddine Garsallaoui et le système Qa'idat al-Um.
    Dans l'intervalle, à notre collègue méditerranéenne,  à toutes et tous: une excellente lecture.

 

T-BirD #45 / Vol.2 04 juillet 2012

T-BirD #44 / Vol.2, 02 juillet 2012

altMokhtar Belmokhtar (MBM, comme on le surnomme dans les cercles spécialisés) alias Khaled Abou Abbas alias Belawar (le Borgne). Emir de la Brigade (katibat) al-Moulathamoune de l'organisation al-Qa'ida aux Pays du Maghreb Islamique (aQMI). Aussi loin que nous puissions en juger, cette initiative est une première: aucun chef (de ce niveau) de l'aQMI n'avait diffusé de communiqué explicatif de cette nature (pour une lecture commentée du communiqué, lire ici).
    L'excercice n'est toutefois pas nouveau pour MBM: en novembre 2011 déjà, l'élusif leader d'aQMI avait accordé un entretien exclusif et unique à un média mauritanien (Hassan Hattab, fondateur du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat ne le fit qu'après s'être rendu).

Dans le même ordre d'idées, aucun leader de la branche sahélienne n'avait (volontairement ?) laissé diffuser autant ce clichés de sa personne ou de son unité. Il y a peu encore, les rares images accessibles sur la toile des unités de MBM (katibat al-Moulathamoune) et d'Abid Hammidou alias Abou Zaid (Katibat Tarek Ibn-Zyad) provenaient presque exclusivement de séquences vidéos (une minorité) mises en ligne par l'aile médiatique de l'aQMI, al-Andalus ou (la majorité) de séquences recouvrées par les forces de sécurité locales suite à des défections ou des affrontements (sources telles que téléphones portables, bandes vidéos, memory sticks etc.) et transmises aux médias (cf. les reportages de France 24 ou de TF1). D'emblée, l'entretien de novembre 2011 et le communiqué de cette semaine surprennent par leur ton mesuré. S'il fait peu de doutes que ces intervention aient été soigneusement préparées, elles n'en demeurent pas moins des modèles du genre, tant les propos sont éloignés des logorrhées auxquelles nous ont habitué ses coréligionnaires !

Le présent T-BirD est donc tout entier consacré à Mokhtar Belmokhtar, à sa mort annoncée ainsi qu'à sa prise de position sur les derniers événements de Gao.

Excellente lecture à toutes et tous.

 

T-BirD #44 / Vol.2, 02 juillet 2012

T-BirD #43 / Vol.2, 27 juin 2012

altA en croire les propos de Jonathan Evans, directeur général du Service de Sécurité britannique (BSS - MI-5), les réseaux jihadistes internationaux déplaceraient peu à peu leurs centres de gravité opérationnels. Perte d'intérêt pour les zones tribales pakistano-afghanes; disparition annoncée mais pas consommée des rares chefs et opérationnels qa'idistes encore vivants: toute zone de combat par ailleurs égale, le bilan dressé par le maître-espion britannique semblait plutôt positif.  

Mais c'était avant que ne soit évoquée la notion de "cycle". A la hussarde plutôt qu'à l'emporte-pièce Jonathan Evans explique (succintement) les phases d'expansion puis de contraction des jihad afghans; rappelle (simultanément mais dans le désordre) la montée en puissance autant que le déclin des zones périphériques (Yemen, Somalie) avant que de se découvrir rousseauiste et d'invoquer (innocement bien sùr) le retour aux sources des impétrants de la guerre sainte et des candidats au martyr.

L'amorce est intéressante, ses arrières-plan (il y en a toujours) instructifs.

Mais qu'il nous soit permis de penser qu'il manque  cependant l'un ou l'autre arguments à ce raisonnement; à commencer par le destin de ceux que l'on ne nomme pas ou plus.

Les Essid Sami Ben Khemais, Tarek Maaroufi (dont le retour triomphal au pays a déjà été évoqué) et autre Djamel Beghal dont les peines de prison ont été purgées ou arrivent à leur terme. Les Hosni Jelassi et autres Abou Abd al-Rahman al-Tunsi engagés sur le front irakien entre 2003 et 2007, arrêtés par les services syriens avant que d'être renvoyés et embastillés dans leurs pays d'origine pour y être (tous?) libérés lors des printemps arabes.

Qu'il nous soit permis, encore, de rappeler l'imposante mais discrète présence internationale des réseaux du Groupe Islamique Combattant Libyen  (GICL, voir la carte des réseaux internationaux du groupe ici et ici).

Qu'il nous soit permis, enfin, de souligner que les conflagrations syriennes ne manquent pas (déjà) d'attirer leur lot de candidats au jihad; qu'ils proviennent d'Europe, du Proche comme du Moyen-Orient ou des pays du Golfe. Il ne nous apparaît donc pas exactement surprenant qu'une Tunisie et une Egypte islamistantes tentent, comme le firent les précédents régimes, d'envoyer les plus agités de leurs jeunes islamistes sur d'autres fronts !

Le présent T-BirD est tout entier consacré au cas du jeune Ali Tabich. Le parcours de ce moujahid belge est instructif. Dans le contexte actuel, il pourrait bien être prémonitoire.

Excellente lecture à toutes et tous.

 

T-BirD #43 / Vol.2, 27 juin 2012

T-BirD #42 / Vol.2, 25 juin 2012

altLe 14 juin 2012, deux avions de reconnaissance survolent Tombouctou, Nord Mali (articles à ce sujet ici, ici et ici). Par la voix de l'un de ses commandants militaires, Omar Ould Hamaha, qui se trouve également être l'un des cadres de la Katibat al-Moulathamoune et (accessoirement), l'ex beau-frère de Mokhtar Belmokhtar; Ansar al Din a immédiatement réagi: "Nous savons que ce sont des avions espions. Ce sont des avions qui sont en train de photographier. Dites-leur que nous sommes sur le terrain et nous les attendons. On est venu pour défendre l'islam et on va combattre jusqu'au dernier degré"1)

Bravache, la logorrhée d'Hamaha, eut un écho quasi immédiat: le 18 juin 2012, Kal (TheMoorNextDoor) répercute l'information sur son compte Twitter: un drone aurait frappé quatre véhicules non loin de Tadoudeni, Nord Mali. Il y aurait des morts et des blessés. L'information ne sera toutefois confirmée que quatre jours plus tard, lorsque Magharebia publie un article plus détaillé sur cette opération (lire l'article ici). 

Cette frappe survient quelques jours après que le Washington Post ait révélé quelques uns des programmes de surveillance et de collecte de renseignements mis en place sur le continent africain par les Etats-Unis. C'est à ces programmes, mis en abîme par la frappe supposée de Taoudeni, qu'est consacré le T-BirD du jour.

Excellente lecture à toutes et tous.

 

T-BirD #42 / Vol.2, 25 juin 2012


1) Un avion de reconnaissance inquiète les islamistes de Tombouctou, RFi, 15 juin; accédé le 25 juin 2012.

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